Do it yourself

Dans ses performances l’artiste Jérémy Chevalier détourne des objets ou des éléments
propres au monde de la scène, comme par exemple un instrument, un micro
ou le membre d’un groupe de Rock.

Ces éléments souvent choisis par l’artiste pour leur qualités sonores sont transformés
et insérés dans le monde visuel : Un micro s’illumine lorsque l’on parle dedans;
un haut parleur tenu dans la bouche du performeur hurle les paroles d’une chanson
rock; une vidéo pré-enregistrée d’un chanteur vient se joindre au performeur pour
une chanson.

Ces détournements ont pour but de nous confronter aux questions de la scène:
Qu’est ce qu’un micro? Un playback? Une présence face à un public?
Dans une de ces performances récentes, un programme informatique relié à son
micro tente sans cesse de lui couper la parole au fur et à mesure qu’il dispense une
conférence. Les coupures faites de petite phrase comme « excusez moi! », « en fait,
je voulais... », l’interrompent un court instant, puis de plus en plus souvent jusqu’à
empêcher tout discours possible.

Cette démarche qui est courante dans son travail, est basée sur une situation logique
qui tourne à l’absurde. L’artiste extrapole une tâche caractéristique de l’objet
d’investigation et la développe systématiquement dans son sens opposé pour mettre
en évidence sa fonction primaire. Le micro servant habituellement à mieux être
entendu, se transforme en un système qui vient annuler une prise de parole. Par sa
manière nonchalante de présenter ses expérimentations sous forme de performances,
Jérémy Chevalier souligne l’auto-annulation que l’on trouve dans ces propres
processus. Une sorte de mise en abîme qui renvoie le spectateur à son propre désir
d’être sur scène.

Martina Sofie Wildberger et Jérémy Chevalier, 2009